IPT #4: extrait de INTERNATIONAL  PHILOLOGY & THEOLOGY review  n°4 (janvier 2020)

 

 

4fr-critique de l' étymologie de Xavier DELAMARRE

 

J' ai acheté dernièrement le livre de Xavier DELAMARRE: Une généalogie des mots, de l' indoeuropéen au français: introduction à l' étymologie lointaine.

Il faut dire que j' ai un défaut  (car c'est malheureusement rarement une qualité), c'est celui de croire à l' homme en général. Croire en la puissance de son esprit et à la force de son âme, car dans le passé il y a tant d' exemples de héros qui finissent par triompher. 

J' ai donc acheté ce livre, pensant que monsieur Delamarre  avait enfin progressé dans sa connaissance et sa pratique de la philologie, et qu' il y aurait un peu de la lumière scientifique dans son ouvrage.

J' ai donc ouvert ce livre, m' attendant à  y trouver une pensée structurée, bénéficiant  des dernières avancées de la Science.

Je passerai  sur les préambules  habituels qui  tentent de montrer une vision "maîtrisée" de l' Histoire des langues.  Comme souvent en Histoire, l' intelligence est  de voir et de pointer  ce qui n' apparaît pas, car il ne faut jamais perdre de vue que les traces laissées par l' Histoire sont infimes.  Or  dans ce début d' ouvrage,  rien de cette démarche historique:  des schémas découpent  le monde et l' histoire en  démonstrations "savantes", toujours les mêmes d' ailleurs depuis  plus d' un siècle.  Bref ce n' est pas un travail de chercheur.

Cela commence  plutôt mal... mais, patience, il n' est pas facile de sortir d'un carcan académique qui  a abasourdi des générations de scientifiques.  La pratique de monsieur  Delamarre  va contrebalancer sa  vision dépassée des langues...

 

Premier exemple du livre:  une racine dite "indoeuropéenne"  abol-  qui  aurait donné  en "celtique reconstitué"  *ablno-  = pommier,  dont on peut voir la trace dans  le NL:  Avallon (Yonne) =  la Pommeraie  OU  (parce que "la Pommeraie" pour un site aussi particulier  est vraiment ridicule) "le domaine du dieu Aballos " (allons-y au petit bonheur la chance, de toutes les manières, personne n' est en droit de me critiquer...).    Avallon  s' est appelé Aballo au IVè s.

Autres  dérivés,  allemand: apfel; angl: apple; breton: aval = pomme, etc...

 

C'est tout !   une étymologie au petit bonheur la chance, je saisis quelques mots par-ci par-là, quelques interprétations  que l' on peut qualifier facilement d' hypothétiques, pour ne pas dire farfelues, et j' habille le tout d' un vernis scientifique... Ah ! parce que j' oubliais, abol-,  dans le code composé par cette bande d' incapables,  s' 'écrit  "*h2eph3ol- "   si, si !  vérifiez dans le livre  (sans l' acheter car c'est vraiment 32€ mis à la poubelle).  

 

Pourtant, les quelques phrases concernant l' étymologie du FR: pomme, auraient dû leur mettre la puce à l' oreille, puisque pomme  est un mot apparenté  au latin: poma  = fruit.

 Je dis bien "apparenté", car rien ne dit que dans quelques régions de la Gaule,  à la même époque que le latin classique,  on ne possédait pas  un mot  *pomma  désignant  "la pomme", sans que ce mot provienne du latin ("voisin du latin" serait plus judicieux).  Il est bien sûr sécurisant de dire que le mot pomme vient du latin poma.  Sécurisant mais non-scientifique, car le  plus important en Histoire est ce qui est inconnu, autant dire ce qui est immense...

 

La pensée structurée et scientifique en étymologie  est celle qui repose  sur l' étymologie du sanskrit, ce que j' appelle "la langue védique", car je l' ai apprise en étudiant la phonétique des Vedas, loin des soi-disant "Hautes Ecoles" et des faux savants assoiffés de pouvoir.

 

La langue des Védas  et par conséquent la langue du monde,  a  nommé  les choses et les hommes  par leur fonction dans la grande chaîne qui constitue l' Univers qui tourne ou qui respire.

Les fruits  ont la fonction  de perpétuer les individus ou l' espèce au sens large. Ce qui dans la langue védique  s' exprime par  "faire l' assemblage vers l' avant", c'est à dire "ne pas finir, ne pas être immobile". 

Phonétiquement, les noms de fruits  comportent :

1- les racines qui symbolisent  l' assemblage:  Ṛ / Rg / Kr / K / etc...  (gutturales)  ET  les éléments issus d' une ancienne gutturale /gw/  qui a donné le skr: ava  (*gaua)= vers le bas / vers l' intérieur / inférieur / etc...  qui a aussi donné un élément  (g)am   présent dans de nombreuses langues  (voir le /aum/ de la méditation indienne).

2- un élément  intensifiant du mouvement:  b / p / f / v / etc... (labiales  ET certaines sifflantes)  OU l' autre classe d' éléments du mouvement , bâtis à partir  de la négation de l' immobilité  nta-nta  / an-nda >  anda / etc...

+ éventuellement un élément agentif.

 

aballo  <  qui assemble  (llo == Ṛ) vers l' avant (aba== skr: apa).

poma  <  apa-uma  =  qui assemble  (uma)  vers l' avant  (apa).

 

Chaque peuple a ainsi puisé dans un lexique religieux  pour nommer chaque chose, choisissant probablement en fonction d' homophonies ou d' attractions d' autres mots qui seront toujours inconnus pour nous.

 

Ainsi   fruit  exprimé  par  "qui assemble   (Ṛ / L)  vers l' avant / vers le futur  (apa / aba / apha)" =   apa-Ṛ ,  a donné:

 

aval

apfel

apple etc...

Avec  l' aphérèse:

 skr: phala = fruit, noyau, récolte, effet, récompense, faveur, profit , etc...   tous  sens exprimant le concept  apa-Ṛ = qui assemble vers l' avant / vers le haut / etc...

(je le redis une fois de plus, l' aphérèse est un phénomène trop négligé par les linguistes)

 

Que penser de la tentative de monsieur Delamarre de discourir de l' étymologie de abol-  sans  s' apercevoir  qu' il s' agit de la même que celle du skr:  phala

Il s' agit de la conséquence  d'une étroitesse d' esprit  incompatible avec  les airs de savant supérieur qu' il se donne. Il s' agit surtout de la méconnaissance de l' étymologie du sanskrit et  des avancées primordiales que j' ai effectuées durant ces dernières années.  Comment dorénavant réfléchir à l' Histoire des langues sans se référer à mon travail ? 

Si monsieur Delamarre  avait considéré  scientifiquement  le mot abol-  = nom de fruit =  qui assemble vers  l' avant  >  pha-Ṛa / Pha-La  >  skr: phala; il n' aurait pas fourni cette étude  ridicule.

Je dis "ridicule", car il est évident  que le concept  "qui assemble vers l' avant" = apa-Ra = apa-La 

n' exprime pas seulement les mots signifiant fruit OU pomme, mais aussi  des centaines  d' autres, comme le skr: phala- le fait.

Ainsi le NL antique: Aballo = auj. Avallon = lieu qui assemble vers l' avant / vers le lointain / au-delà;  peut fort bien indiquer  le lieu d' un passage, d' un pont, d' un gué.  C'est quand même mieux  que "la Pommeraie" !

A ce sujet, je connais plusieurs NL  "la Pommeraie " qui indiquent le passage d' une grande voie antique...

 

 

Philippe POTEL-BELNER