2- un mois / un mot français

mot du mois d' octobre 2019:

 

2-1-bourgeois-bourgeoisie

Publié par Philippe POTEL-BELNER  sur la page UN MOIS / UNE  ETYMOLOGIE  FRANCAISE, du site www.langue-et-histoire.com, le 23 septembre 2019.

 

 

Le mot bourgeois possède au moins deux sens dans la langue française contemporaine:

(on peut y ajouter, entre autres:  1- monnaie ancienne de la ville de Bourges, mais pas ses habitants qui sont des Berruyers.   2- nom de famille)

 

1- bourgeois = membre des classes aisées.

Ce sens  semble dater de la fin du XVIIIè s  (Dauzat).

Dans le mot bourgeois se "télescopent" deux phonétiques, pourtant opposées:

/BuR/   == /PuR/  == apa-uṚ   = qui assemble (uṚ) vers le haut (apa), comme , par exemple, all:  berg = montagne.

Je rappelle  que  apa, comme en sanskrit,  est une intensification du phonème du mouvement , qui exprime aussi le mouvement vers le haut. 

 

 /BuR/  ==  /ṛBuR/ == /ṛPuR/ , en suivant le raisonnement étymologique  des deux sens du sanskrit upa.  (voir LH44)

 Le sens 1 se retrouvant dans le latin urb-s = la ville  <  qui donne (b) l' assemblage inférieur / intérieur (uR) et dans le FR: bas  <  ṛ-b-ats = qui fait aller  (ats) vers le bas  (ṛb). (on peut ajouter FR: rebours, repos, etc...)

 

On retrouve  cette dualité dans les mots français  purgatoire  = qui réalise  (atoire ==att-uṚa)  l' assemblage  (uRg) vers le bas (P)  ET  PURGER  = envoyer au loin, éliminer   <  apa-uR-ya  = faire (ya) assembler   (uR) au loin (apa).  Sens que l' on retrouve dans l' expression du domaine du droit: purger  les hypothèques = lever les hypothèques, dans lequel  apa  a bien le sens de "aller vers l' avant / libérer".

 

Dans le sens 1 du mot bourgeois, il y a évidemment l'étymologie  apa-uR = qui assemble vers le haut.

 

 

2- bourgeois = habitant d' une ville, qui a donné lieu, durant l' Ancien Régime, à la dénomination d' un statut d' homme libre, par opposition à la grande majorité des paysans qui occupaient des terres seigneuriales.

Du  mot français bourg . Dauzat:  Chanson de Roland (en 1080): borc = ville.

<  ṛBuR  =  qui assemble  (uR) à l' intérieur  (ṛB).

Je me suis souvent posé la question si  le phonème  européen  /B/ = intérieur, comme , par exemple, dans le breton: Breizh, pouvait  être une prononciation équivalente au sanskrit  ava = vers le bas, vers l' intérieur (*auua).

C'est une piste que j' évacue petit à petit, car /auua/  ne peut être qu' un phonème guttural,  alternance de /gauua/, qui par conséquent peut très difficilement  avoir donné  /ba/ .

 

 

Le phonème  [jwa]

Les mots signifiant  "qui assemble   vers le haut"  aussi bien que "qui assemble vers le bas", peuvent

présenter  un phonème  de l' assemblage  /Rk/  OU  /Rj/.

La différence s' explique par le suffixe agentif employé.

1-  /Rk/  OU /Rg/   <   se fait entendre quand le suffixe  agentif  est:   -ua  OU  -ha, qui sont des phonèmes du mouvement, donc agentifs.   

On peut d' ailleurs ajouter comme phonème (qui devient d' ailleurs un morphème)  /Rsh/  OU /Rch/ puisque /Rkh/  devient dans de nombreux cas  /Rsh/.

Le phonème  /Rk/  OU /Rg/ s' explique ainsi:   R-ha  >  R-gha en raison du son guttural qui précède "ha".  Avec  R-ua, c'est identique.  

2-  /Rj/  <  se fait entendre  quand le suffixe agentif  comporte un "i" ou un "i" intensifié  > "j".

Il peut  indifféremment  être à l' origine /Rja/ OU /Rkja/   (je dis "indifféremment", car l' origine et l' évolution de ces phonèmes  se perd dans la nuit des temps...).   

/Rjwa/  <  Rk-iia  OU  R-iia   (la phonétique ancienne montre que souvent  le phonème  /a/ est prononcé  /ua/, donc  iia  == iiua > jwa)

On a des exemples  de la transformation  de "i"  en "j" avec  l' emploi  du j longa de l' écriture cursive latine.

Son emploi, par exemple, a été finement analysé par  MARICHAL  (Marichal-31+60+149+ etc....), surtout pour son emploi dans les graffites de La Graufesenque. Exemple:  le NP Deprosagijos  probable  évolution d' un Deprosagios.

 

 

Que penser de l' étymologie de Dauzat, encore  en cours aujourd'hui ?

"bourg"  du bas latin (IVè s) burgus = château fort,  et du germanique reconstitué *burgs.

Quelle misère intellectuelle... 

 all: burg = château   <   * burgha  < apa-uRg  = qui fait  (ha) assembler (uRG)  en haut  (apa) aussi bien géographiquement que socialement.

La "ville" dans toute la pensée religieuse  appartient  typiquement  à la moitié immobile de l' Univers, celle dont une des "vertus" est d' assembler à l' intérieur pour protéger, comme une mère.  Le féminin  qui la caractérise en français  en est une preuve supplémentaire.

Le "château"  est lui masculin, car il appartient, en général, à l' autre moitié de l' Univers.

L' all: burg = château  est pourtant  féminin. Pour quelles raisons ?  y-a-t-il eu, à un moment,  identification  entre le  château qui protège à l' intérieur de ses rempart  avec  la ville (bourg)?   Je ne saurai le dire pour l' instant.  Je n' ai pas le temps de vérifier si burg dans les langues germaniques anciennes a toujours été féminin.

 

 

 

bibliographie:

 

LH = Philippe POTEL-BELNER, langue-et-histoire.

MARICHAL  Robert, les graffites de La Graufesenque, éd. CNRS, Paris, 1988.