2ème partie de "de la prononciation des mots anciens"

 

Ce texte est également publié sur ma page de Academia.edu, avec quelques suppléments comme les abréviations et la bibliographie

 

128- 2ème partie de "de la prononciation des mots anciens"

Publié par Philippe POTEL-BELNER  sur langue-et-histoire.com  et sur Academia.edu, le  9 juillet 2019.

 

 

L' étude des langues anciennes  arrivera-t-elle à  sortir du cadre de l' étude des langues écrites, qui utilise un savoir  et des méthodes livresques et théoriques, calquées sur l' étude du grec et du latin et  qui n' ont pas grand chose à voir avec  les deux grandes langues anciennes qui s' en différencient par leurs caractéristiques essentiellement orales:  le sanskrit et le gaulois ? 

J' utilise malheureusement le singulier en me pliant aux mauvaises habitudes des linguistes qui véhiculent l' idée que les langues anciennes  étaient uniformes, entièrement  consignables de nos jours dans un dictionnaire ou dans des ouvrages de grammaire.

La réalité linguistique est toute autre;  les langues anciennes  sont par essence multiples, puisque dans les temps anciens,  il y a encore moins de généralisation que maintenant, époque pourtant propice aux échanges, par rapport  aux époques reculées où il fallait plus d' un mois pour aller d' un bout à l' autre de la Gaule, et un jour, ou plus, pour aller d' une tribu à l' autre .

Eh oui !   si l' on veut  coller aux réalités linguistiques anciennes, il ne saurait être question  de sanskrit  ou de gaulois au singulier. Chaque région, chaque tribu, possédait sa langue (ou à la rigueur son patois). Ce qu' on a appelé le sanskrit  ou le français, plus tard,  ne sont que des synthèses des milliers de langues et de patois parlés dans l' aire géographique concernée.

 

Ces langues, qui ont gardé leurs caractéristiques  orales, se reconnaissent par la prise en compte  d' une variabilité des phonèmes, ce que l' on appelle les mutations phonétiques

Il s' agit là de la vraie réalité linguistique, loin des dictionnaire des langues écrites où  un mot doit être immuable et codifié.

Même encore à notre époque, il y a une énorme différence entre le français des dictionnaires et celui de la rue, avec ses élisions, ses accents et ses tournures.

 

Je prendrai l' exemple  des  éléments gaulois, reconnu par Delamarre et Cie, comme  "ambi- = autour, alentour, des deux côtés  " ET  "ambe = rivière".   

Ce que les soi-disant celtologues ne disent pas, c' est que ces éléments  se prononçaient manifestement, suivant les régions et les modes de transcriptions:   mbi / bi / vi / pi / empi / abi / etc...

Je dis "les soi-disant celtologues", car ils ont pourtant l' exemple criant de l' irlandais et du gallois qui possèdent des règles de mutations phonétiques.

Ensuite,  que ces soi-disant celtologues  aient voulu tout traduire d' après ces deux  éléments  est  pitoyable.  Comme si, ce  phonème  [mbi] pouvait n' avoir qu' un sens dans les langues anciennes...  

 

L e meilleur exemple est celui des  ethnonymes gaulois qui sont nombreux à commencer par  ambi-.

Alors, bien évidemment, les Ambibares  OU les Ambivaretes,ont été pour des générations de latinistes et de celtologues   "Ceux des deux côtés de l'eau, des deux rives de la rivière", ceci nonobstant  de l' absence complète, dans leur raisonnement, du principal  "moteur" de toute pensée  ancienne:  les croyances religieuses. 

Comment peut-on, ne serait-ce qu' émettre la possibilité, que des peuples  puissent   se nommer  d' après leur situation géographique; c'est à mille lieues de la mentalité ancienne, qui  nomme toute chose d' après sa place  et son rôle dans l' ordre divin.

Je ne remet pas en cause évidemment que l' élément  var  OU ivar  puisse signifier "eau" puisqu' il existe un vaste paradigme  autour du sanskrit  vâri = eau.

Ensuite, l' analyse de ces ethnonymes montre l' ignorance, par les  celtologues, des mutations phonétiques traditionnelles, comme je vais le monter ci--après:

 

 

 

Ambarres  (Ambarri)

GG

Tribu située au nord de Lyon.

Il ' agit du même ethnonyme  que les  Abares / Avares = peuple scythe, cité par Isidore de Séville.

 

Et, de grâce, ne dites pas que les Ambarres  sont  des envahisseurs  Abares. Ce n' est pas parce que deux peuples possèdent le même nom qu' ils sont identiques. Comme je l' ai maintes fois dit, les noms, que les hommes ou les peuples se donnaient, signifiaient  toujours  "homme" ou du moins correspondaient  à la définition religieuse de la fonction de l' homme.  Les prononciations  et les éléments  constructifs des langues, bien que  très nombreux sur terre, finissent néanmoins par se recouper  même s' ils sont aussi éloignés que la Gaule et la Scythie.

Mais on peut trouver encore plus éloignés:  les Aztèques  sont les  Attici (autre nom des Athéniens)  et les Atiaci d' Amérique (les Atiaci sont un peuple des bords de la Caspienne chez Pline).

En feuilletant le Gaffiot, par exemple, qui possède un peu d' intelligence n' a qu' à se baisser pour ramasser des mines de connaissances. 

Mais qui possède encore un peu d' intelligence de nos jours ?

 

On y apprend, par exemple, un phénomène  déterminant dans la connaissance des langues anciennes, que j' ai maintes fois expliqué depuis des années:

atta == atsa == tta == tsa  et d' autres dérivés. 

Exemple:  le peuple des Attacotti, situé dans le nord de la Bretagne est le même  que celui des Scotti, nom qui a perduré de nos jours  dans l' angl: Scottish  et le français Ecossais.

Attacotti  ==  atsacotti ==  tsacotti == Scotti.

Cet exemple montre la grande subjectivité  des langues anciennes.

Prudence...

 

 

Ambibares  / Ambibariens  (Ambibarii)

GG-VII-75: font partie des peuples armoricains.

Localisation incertaine.

Les diverses probabilités de prononciation donnent:  mbibar  / mbimbar / mbimbaur

En  cherchant, une éventuelle capitale des  Ambibares, sous la forme, comme souvent,  "qui assemble le peuple X"  -avec  l' élément "qui assemble" exprimée par un suffixe-,   l' attention est  inévitablement  attirée  par la ville de Paimpol, qui correspond tout-à-fait à l' alternance du  "r" en "l"  >  mbimbaur == mbimbaul.

 

 

Ambiens  (Ambiani)

Belgica. GG-VII-75.

Peuples situés probablement dans l' actuel département de la Somme.

 Capitale: Samarobriua ?

>  mbien, phonétique du français "bien"  >  signification probable:  qui fait aller  (ian) vers le haut (mb).   

On pourrait rapprocher  les Ambiens  (mbian)  du peuple des Boïens , voisin des Eduens, car  Ambiens == mb-ian   ET  Boii == mbu-i,  " ian" ET  " i "  signifient  tous les deux  "qui fait aller (en avant)".    

 

 

 Ambilatri 

Peuple d' Aquitaine, chez Pline.

 

 

Ambiliates  (Ambiliati)

GG-III-9 -10: compris dans les peuples armoricains, alliés des Vénètes.

Traditionnellement:  location hasardeuse: ?  autre nom des Ambibarii  OU  peuple de la rive gauche de la Loire ?

 

Un autre phénomène dont j' ai peu parlé dans mes écrits passés et que je ne souhaite pas théoriser, car  la théorie est l' ennemi de la philologie, c'est  la mutation phonétique  qui modifie le phonème agentif  qui  suit  le phonème guttural de l' assemblage, et qui donne souvent: Ṛ-att  >  Ṛ-katt / Ṛ-gatt / Ṛ-hatt. 

On retrouve cette mutation principalement en sanskrit et en latin.

Ainsi  les  Ambiliat == Ambiriat == mbiriact  (mbillact).   Ce qui donne comme capitale des *Ambiliactes  >  Piriac (Loire-Atlantique), apocope de *Mpiriact.

 

 

Ambivarètes (Ambiuaretes OU Ambiuareti  -GG-VII-90- qui dans certains manuscrits est orthographié ?  Ambibracti, voir note BL2-278)(au chap.75 du livre VII, des manuscrits portent le mot:  Ambluaretes

GG

Jusqu' à présent, aucune localisation.

La phonétique rapproche  Ambivaret-  de Vivarais  (d' ailleurs parfois écrit "Vivarez"), d' autant que le  nom de la tribu qui habitait le pagus du Vivarais n'est pas connu.

Le nom du peuple est également compris dans le nom de sa capitale: Viviers.

Ambivarets  >  mbivarets OU mbivariats.

Dauzat cite  "Vivariensis OU Vivarensis "  en 400-410 (Uiuarium).

Des questions se posent quant  à l' orthographe anormale Ambibracti.

On peut néanmoins comparer *Ambibaracti   à  Ambivareti, avec  une première mutation b = v  et une deuxième avec  -racti  à la place  de -reti, en vertu de la mutation dont j'  ai parlé à l' entrée Ambiliates.

 

 

Boïens  (Boii OU Boi = *Mboii)

Peuple voisin des Eduens.

A noter que, comme je l' ai toujours dit, les noms de personne et les noms de peuple, signifient toujours  "homme", c'est-à-dire, qu' ils sont nommés d' après leur rôle dans l' ordre divin.  Ainsi,  les  Boii  considéraient-ils qu' ils étaient, à l' image de Dieu, "Ceux qui  font aller au-delà", ceux qui font que la vie se poursuit par-delà  la mort, par opposition à l' élément inerte de l' Univers.  

<  mbu-ian  OU dans la version latine mbu-ia où l' élément agentif est ia- au lieu de -ian

On peut retrouver  cette signification dans l' anglboy = garçon.

Voir  aussi  les Ambiens.

Ce nom de peuple est le même que les Moï, peuples d' Indochine et du sud de la Chine.

 

 

Les différentes prononciations et écritures  de ces labiales sont également présentes dans nombre de langues africaines, qui nous sont connues  uniquement par des tentatives de reproduction  des phonèmes tels qu' ils sont prononcés par les populations locales.  On trouve souvent, principalement  dans les noms de personne:  M'b...  qui sont  une  e/p  du gaulois  amb-.  

A ce sujet, je rappelle aussi que l' orthographe  amb-  n' est pas du gaulois, puisqu' il n' existait pas d' écriture proprement dite gauloise.  Il s'agit donc d' une tentative faite par des scripteurs latins de reproduire un phonème gaulois !

Ainsi  le NP gaulois Ambolli  est-il  une autre  e/p  de cet autre NP gaulois Bolli  (*Mbolli)  et de ces NP africains  M'bolli  / Bolli.

 

 

Je rappelle aussi que les divisions des langues mondiales en  familles  n'ont  pas été établies en fonction  de critères  purement phonétiques, mais seulement en fonction de critères géographiques, mêlés  de critères de supériorités civilisationnelles, aux relents colonialistes. 

Il s' agit seulement d' une tentative de mise en ordre du grand foisonnement des langues, destinés  à  faire accroire que les spécialistes des langues  connaissaient  et maîtrisaient leur sujet, alors qu' en réalité, ils n' étaient qu' à la préhistoire de la linguistique, et nous y sommes encore...