176- étymologie et paléo-étymologie

Publié sur le site www.langue-et-histoire.com , le 2 février 2020, par Philippe POTEL-BELNER.

Etude langue-et-histoire n°176.

 

De nos jours, il faudrait une redéfinition de certains mots qui recouvrent maintenant des réalités bien différentes.

Dans mon domaine d' étude, je pense que trois mots nécessiteraient  un affinage: Etymologie, Histoire et Science.

 

Je commencerai  par l' Etymologie qui me concerne au premier chef.

L' étymologie, de nos jour, recouvre plusieurs sens:

1- le sens originel du mot qui traditionnellement viendrait du grec: etumos = vrai  et  logos = parole, langue: il s' agirait donc  d'une science du "parler vrai", en utilisant, ou, du moins, en connaissant le premier sens du mot lors de sa création (ou de ses premiers emplois). 

 

2- l' étymologie  a pris, au fil des siècles, le sens  de  "enquête sur l' origine première d' un mot", c'est-à-dire "qui l' a utilisé dans le passé", "pourquoi "et  "avec quelle intention" ?

 

Il existe une différence notable entre les deux sens et les deux pratiques de l' étymologie:  la première étymologie consiste à comparer les mots avec des mots existants, la plupart du temps anciens. C'est celle que l'on trouve partout, dans les dictionnaires et ailleurs.

 

La deuxième étymologie consiste  à essayer de remédier  au presque insurmontable problème de notre ignorance des langues, particulièrement  les plus anciennes et inconnues.

Vous me direz  que cette science est impossible car elle ne dispose pas de références réelles, ce qui la fait parfois traiter d' étymologie fantaisiste

Certes,  cette deuxième étymologie, que je propose de nommer "paléo-étymologie", ne peut que naviguer  dans un monde d' hypothèses, comme le font les physiciens et les astrophysiciens, néanmoins  cette étymologie repose sur une étude approfondie  des mots connus et de la mentalité des anciens hommes qui  les ont utilisés.  Elle se rapproche donc d 'une archéologie du langage  et de la philologie.

Un des paramètres qu' il est absolument nécessaire de prendre en compte en paléo-étymologie, c'est   

l' origine primitive des langues, c'est-à-dire, que remonter le temps, c'est avant tout lutter contre les énormes phénomènes de différenciation:  les populations terrestres n' ont cessé de se multiplier et de se diversifier, les langues ont accompagné ces phénomènes.  Pour moi, il ne fait guère de doute, qu' à l' origine, les phonèmes, comme les hommes, étaient moins nombreux, et surtout  qu' ils n' étaient pas choisis au hasard  dans la composition d' un mot.

 

Inutile de dire  que la paléo-étymologie  est absente du monde académique. L' étymologie  des Universités et autres "Grandes Ecoles"  consiste  à  discuter autour de quelques mots, en faisant étalage d'une soi-disant science.  Il ne s' agit jamais de rechercher la véritable origine d' un mot, la raison de sa composition, etc...  Aucun  intellectuel professionnel ne risquerait sa carrière  sur des chemins aventureux.

Il est beaucoup plus facile de critiquer les scientifiques qui  formulent des hypothèses, tout en se retranchant derrière  des "vérités" véhiculées depuis des siècles, car  qui oserait remettre en cause ce que tout le monde pense et a pensé. Ce que tout le monde pense ne peut être que la "Vérité". 

Comme vous le voyez, nous sommes bien loin de la Science.  Avec  la même attitude  dans les sciences physiques, Galilée  et Darwin  seraient encore considérés, de nos jours, comme des farfelus.

 

Je laisse à votre sagacité le soin de trouver également deux autres mots nouveaux  pour  la Science de la recherche  et l' Histoire objective, qui, à mon avis n' ont pas grand chose à voir avec  la Science (humaine) actuelle et académique  et l' Histoire académique qui tourne en rond dans son cercle fermé.   Les chercheurs actuels  sont au mieux  des  Enfonceurs de portes ouvertes, et  je pense, à lire leurs études, qu' ils n' ont pas l' épaule très endolorie.

 

 

note  concernant le sanskrit

Il est évident que personne n' a jamais publié  une paléo-étymologie du sanskrit, à part moi (1).

Les sanskristes  devraient pourtant savoir qu' il existait une langue avant le sanskrit classique  des premiers siècles avant notre ère.  La OU les langues parlées en Inde  à l' époque du sanskrit  classique existaient   évidemment  depuis des millénaires, avec  leurs  innombrables  évolutions et multiplications.

L' étymologie sanskriste actuelle est du premier type. Elle se base sur les quelques auteurs  anciens de l' Inde qui ont parlé d' étymologie.  Pour les sanskristes, ces auteurs ont dit tout ce qu' il y avait à savoir  des langues  indiennes archaïques, leur parole est d 'or. 

Pour ma part, je persiste à dire que "le poisson rouge ne peut pas voir son bocal"  et que les étymologistes de l' Inde ancienne ne sont pas objectifs.

L' étymologie sanskriste  navigue  aux frontières de la religion.

Ceux qui connaissent vraiment bien  la civilisation indienne diraient même que l' étymologie est au coeur de la pensée religieuse indienne, et surtout  des luttes religieuses internes à l' Inde.  On s' éloigne beaucoup de la Science.

Quant à ceux qui pensent  que l' étude du RigVeda,  et de sa langue archaïque, pourrait amener des informations utiles  à la paléo-étymologie,  qu' ils abandonnent l' idée, car le RigVeda  est tombé dans le domaine de la science académique, par conséquent, impossible de remettre en cause quoi que ce soit.  Ce qui a été dit depuis des décennies ne peut et ne doit pas être remis en cause.  Il en va de la crédibilité  des sanskristes (académiques).   

Pourtant, comment ne pas mettre au premier rang de l' origine des langues, la religion et son explication du monde,  et surtout, comment  des spécialistes de l' Inde peuvent-ils  penser à  d' autres motivations  dans l' élaboration des langues premières, que le désir  d' ordonner le Monde, comme  Dieu l' a fait, et faire de la langue des hommes, la  langue des dieux.

 

 

note concernant le sanskrit et le gaulois

La paléo-étymologie pose l' épineux  problème temporelle de l' antériorité, car l' étymologie  se doit de rechercher les mots qui existaient avant, dans le passé.  Ce problème  est facilement éludé par les celtologues  qui,  eux, recherchent les mots  de mille ans postérieurs, dans les langues "néo-celtiques" !  Inutile de dire qu' il s' agit là, exclusivement, d' une étymologie de premier type, si l' on peut appeler cela une "étymologie"!  Et même quand ils relient un mot gaulois à un mot sanskrit (rarement malheureusement), il n' y a pas d' antériorité, car le sanskrit classique n' est pas plus ancien que le gaulois, ou si peu.  Je ne parlerai pas du soi-disant langage indoeuropéen  qui est une pure invention.  Si quelqu' un se donnait la peine, et avait le courage, envers et contre tous, de démonter les "analyses" de Pokorny,  sa myopie, son erreur et sa partialité seraient évidentes pour tous.

Le problème est le même  pour le sanskrit, puisqu' il n' y a rien qui ait laissé des traces avant le sanskrit. A part, bien sûr, la langue phonétique du RigVeda, mais allez demander à des sanskristes  de réduire "leur sanskrit élitiste" à des phonèmes  simples et vous les verrez  hurler au sacrilège...

Ils ont réduit la langue du RigVeda  à un sanskrit standard (classique) en remplaçant chaque mot par les mots du sanskrit classique qui s' en rapprochaient, quitte à tricher à grande échelle.

C'est simple, ils ont enlevé l' âme du RigVeda, il ne reste plus qu' une enveloppe vide.

Les érudits indiens l' ont toujours dit: le RigVeda n' est compréhensible que par les initiés, c'est-à-dire, ceux qui  connaissent la pensée religieuse première de l' Inde; celle qui a précédé toutes les autres...

 

 

(1) Néanmoins, je range dans la catégorie paléo-étymologie, les auteurs,  depuis longtemps oubliés et négligés, qui ont  cherché à comprendre le RigVeda, il y a plus de cent ans:  les Benfey, Whitney, Bergaigne, Regnaud et d'autres.