136- anciennes remarques sur les noms de famille

Texte d' une version ancienne de l' introduction du volume 28: les noms de famille de France et d'ailleurs, par Philippe POTEL-BELNER.

Ecrit en 2014, publié sur le site langue-et-histoire.com, en mai 2021.

 

 

Ce texte fait partie du groupe de trois textes consacrés aux noms de famille français et britanniques, publiés en avril 2021. A l' époque, j' y abordais et suivais quelques pistes qui me semblent encore intéressantes aujourd' hui (2021 !).  Certaines pistes sont restées fermées et d' autres se sont ouvertes. Les pistes fermées sont donc des hypothèses que je ' ai pas jugées bon de poursuivre pour diverses raisons; elles méritent toutefois d' être mentionnées, c'est pourquoi je les livre ici.

Néanmoins, en lisant ces lignes, je mesure le chemin  parcouru depuis 2014...

En fin de compte, le paramètre déterminant est la compréhension des mécanismes phonétiques  qui se sont déroulés depuis la langue védique  jusqu' à nos jours, avec plusieurs étapes de compréhension que j' ai choisies, j' espère, judicieusement: le sanskrit, le gaulois, le gallois et le grec.  Je n' ai pas exposé ma pensée sur le latin et le français, mais elle est présente tout au long de mes ouvrages.  Pour le grec, il sera donc le sujet de ma prochaine publication.

Alors, au bout du chemin,  je pourrai livrer une conclusion qui devrait s'intituler:  COURS DE PHONOLOGIE ANCIENNE.

 

(note: pour mon étude de la phonologie ancienne, j' aurai pu également choisir l' arabe, le persan, le chinois ou le russe. Mais j' ai choisi des langues très documentées, ou du moins, d' une documentation accessible par moi...)

 

 

2014:  remarques importantes  (volume 28)

(veuillez tenir compte de la date !!!  mes recherches  m' ont parfois orienté vers d' autres hypothèses / théories / exemples)

 

1-  les anciennes langues étaient orales

Pour comprendre la manière d' écrire les anciennes langues, vous devez modifier votre perception habituelle de la langue. Les anciennes langues étaient avant tout orales, aussi quand il s' agissait de les écrire, on faisait au mieux, en essayant de faire correspondre les lettres dont on disposait avec les sons que l' on entendait. 

Les mots étaient avant tout des sons. Il importait peu de les écrire sous des dizaines de formes différentes.

 

2- significations des noms

On trouve des quantités impressionnantes d' hypothèses concernant la signification des noms dans les ouvrages passés. Ayez bien conscience que presque tous les travaux sur ce sujet sont médiocres. Je vous donne un premier critère pour juger de la pertinence d' un nom: ce nom signifie-t-il quelque chose ?  Un homme ou une femme de l' ancien temps  a-t-il pu vouloir le porter ?

Oubliez tous les "du chemin, du pont", etc...

De plus, il est inutile de chercher dans les précédents "dictionnaires" de la langue gauloise. 99% de ce qui a été écrit sur le sujet est faux. Si vous souhaitez connaître la significations des anciens noms celtiques, il faut m' aider à publier mes prochains ouvrages. Je ferai probablement appel à nouveau au financement participatif.

 

3- création des noms de famille

De tous temps, les hommes ont souhaité indiquer dans leur nom leur filiation. Il est bien connu que les Romains portaient le nom de leur gens (ensemble de personnes qui ont un ancêtre commun), Sur les inscriptions gallo-romaines, on trouve souvent les noms suivis de "fils de X" ou "fille de Y".

L' usage "administratif" des noms de famille date probablement de l' extrême fin du Moyen Age (XIVè-XVè s), avec le développement des administrations royales et religieuses, et les listes des collecteurs d' impôts.

Il est probable que ces premiers noms de famille faisaient référence à un ancêtre dont on avait gardé en mémoire les qualités, souvent guerrières, et dont on perpétuait le nom en le donnant, de temps en temps, aux nouveaux nés. 

Je prendrai un exemple parmi des dizaines de milliers.

 

4- les noms antiques

Les noms celtiques antiques se trouvent dans les inscriptions et, dans une moindre mesure, dans les textes antiques.  Je les ai récoltés dans tous les relevés d' inscriptions européennes. Ce sont en général, des inscriptions classées comme latines, car rédigées en latin et souvent dans un mélange de latin et de langue celtique.

Ces mélanges ont fortement influé sur la forme des noms et particulièrement sur les terminaisons. On trouve assez souvent des terminaisons "à la romaine" mais il est souvent difficile de déterminer la véritable finale des noms celtiques. Je pense que les inscriptions de Botorrita sont parmi les plus représentatives d' un stade uniquement celtique de l' anthroponymie.

Par conséquent, on peut penser que chaque nom élémentaire a pu être employé avec diverses terminaisons qui peuvent nous paraître différentes, mais qui sont en réalité de sens identique.

 

Par ailleurs, malgré les nombreux travaux des épigraphistes, beaucoup d' inscriptions, même celles qui paraissent déchiffrées de manière concluante, sont loin d' être claires. Pour ne citer que les principales difficultés à surmonter pour les épigraphistes:

- l' usage immodéré des anciens pour l' écriture abrégée: de nombreuses lettres isolées ont plusieurs sens possible. Par exemple: F = fecit (il a fait) OU F = filius ou filia (fils ou fille) !!! 

- l' ignorance quasi totale, jusqu' à mes travaux, des langues celtiques anciennes, qui fait prendre souvent des mots, par exemple gaulois, pour des mots latins ressemblant, mais dont le sens est très différent. J' y ajouterais la méconnaissance quasi totale de la grammaire du celtique antique !!!!

- notre méconnaissance, jusqu' à mes travaux, des religions romaines et celtiques, qui font prendre des noms et des épithètes de dieux pour des noms de personnes !!!

 

5- noms romains / noms celtiques

Les noms celtiques sont souvent présent dans l' anthroponymie romaine. Il est difficile de séparer clairement les noms celtes des noms romains. Je dirais même que nous avons tout intérêt à inclure les noms romains au corpus des noms celtiques, car la césure latin / celte est souvent artificielle. La langue et la religion romaine ont la même proche origine que celles du peuple que nous appelons les Celtes. Encore une fois, ne nous laissons pas manipuler par les auteurs latins et l' Eglise qui mettent en avant l' exceptionnelle civilisation romaine. Et quand, des auteurs latins se moquent des Celtes ou Barbares au parler guttural, rapprochons leurs remarques de celle que faisaient des aristocrates parisiens sur les provinciaux au patois incompréhensible, ou même, plus récemment, des citadins  se moquant des accents et tournures de langages des paysans.   

De plus, en essayant de faire correspondre certains noms entre eux, nous augmentons les chances de les comprendre et de comprendre également les liens de la culture romaine avec celle des autres peuples d' Europe.

 

 

6- déformations des noms

Certaines correspondances peuvent sembler difficiles à comprendre. Il faut s' imaginer le dialogue entre le paysan ou l'homme du peuple, et la personne "instruite" qui doit consigner son nom sur un registre.

Il y a, déjà à cette époque, un "monde" entre ces deux hommes.

Le premier s' exprime dans sa langue vernaculaire  avec un fort accent et une phonétique qui n' est pas forcément la même que celle de la langue parlée par le fonctionnaire. Il n' a quasiment pas de connaissance de l' écriture.

Le second représente soit le pouvoir hérité de l' aristocratie ancienne ou du roi, soit la religion chrétienne qui se bat encore contre l' ancienne religion, sa concurrente. Dans les deux cas, il  souhaite nier tout caractère "gaulois" à l' homme gaulois. Le passé "gaulois" d' hommes libres et indépendant est un danger pour les deux pouvoirs établis, le politique et le religieux.

Exemple:

le fonctionnaire: "ton nom ?"

l' homme du peule: "hokhondieu" (pour Acundius)

le fonctionnaire: "j' ai rien compris...ça ressemble à le comte...j' écris Lecomte...ça te va ?"

 

Le fonctionnaire consigne de manière dédaigneuse le nom que tous savent gaulois et dont les hommes connaissent encore en grande partie la signification. Il est probable que dans certains cas rares, le fonctionnaire est allé jusqu' à traduire le nom gaulois en latin ou en français.

Le rôle de "déformateur des mots" joué par les scribes de la fin du Moyen Age a déjà été mis en évidence en toponymie, il n' y pas de raisons pour que la même chose ne se soit pas passé en anthroponymie.

Exemples: 

 

gaulois > français

Amandus > Aymé (< lat: Amantus)

Andocaulus > Grandcollot

 

gaulois > breton

Aruesco > Le Besco

 

 

Par ailleurs, l' étude de l' évolution des langues a depuis toujours montré, la tendance à raccourcir les mots en élidant les sons et les lettres, aussi bien en début ,qu' en milieu ou en fin de mot. Je dirais même que, plus le mot est long, et plus les locuteurs ont cherché à le raccourcir, ce qui est logique dans l' expression orale. Voir par exemple: Eporediricus  > Fredericus.

 

 

6a- les finales des noms de personne antiques

La plupart du temps, ce sont des suffixes agentifs. Il en existe de plusieurs sortes:

 

a) les suffixes de participes présents actifs

La base de ces suffixes est représenté par les terminaisons prises en sanskrit au nominatif des participes présents:

masculin: -an   fém: -antî   neutre: -at

Ces flexions ont souvent donné dans les langues celtiques: -on , -ont. En latin, ils ont donné –ens / -ent.

 

b) le suffixe agentif issu du verbe sanskrit Kṛ  = faire

Il est en général représenté par un –u (qui a probablement une valeur de [vu]).

On le retrouve souvent tel quel ( -u) en celtibère. En latin, il est souvent sous la forme –us.

 

c) un suffixe agentif issu du verbe sanskrit I (îya = aller)

On retrouve ce suffixe sous la forme d' un –i à la fin du mot, qui correspond au causatif sanskrit –ya.

 

 

 

8b- les initiales des noms de famille actuels

Certaines correspondances entre noms antiques et noms actuels présentent l' insertion d' une nouvelle consonne en initiale (H, D, P, L, etc...).

Ce phénomène consécutif à une expulsion d' air au moment de l' entame du nom est bien connu en linguistique, mais surtout pour le H et le P. Je pense qu 'il s' est produit également ce phénomène pour le D, car je l' ai vérifié pour des mots autres que les noms de personnes. Voici, ci-dessous mes principales hypothèses sur le sujet:

 

-le H en initial: expulsion d' air

 

-le D en initiale: l' ampleur de ce phénomène dans les noms de famille, pourrait s' expliquer également par l' adjonction d' un D initial signifiant un gentilis, "D" étant la trace d' un "de" qui déterminerait un génitif ou un ablatif, c'est-à-dire "qui vient de", "qui descend de", "qui a été fait par".

Exemple: D devant une voyelle   > Delamarre = deliomaro OU de Eliomaro.

Je n' ai donc pas encore suffisamment exploré ce phénomène pour en tirer des conclusions quasi définitives: D = son initial d' attaque ou  D = trace d' une particule  gén / abl: "de" ? Il est absolument certain qu' après quelques études supplémentaires, la conclusion s' imposera.

L' adjonction d' une particule génitive ou ablative existe dans d'           autres langues. Par exemple, en allemand, les "von quelque chose" indiquent "qui proviennent de untel" = la lignée de quelqu' un. Exemple:

La particule distinctive de la noblesse française "de" possédait primitivement cette origine.

D devant une consonne > DU / DE /DI

Exemple:  NP Aquitain: Bellais >> NP actuel: Dupleix (< du- peleix) ET  Duplessis (< du-pellais-is = génitif de Bellais)

 

-le P en initiale: je n' irai pas une fois de plus contre les théories linguistiques "généralement admises", qui font du "p" en initiale une caractéristique de certains parlers appelés au hasard "celtiques" !   Mais je n' en pense pas moins qu' il y a une autre hypothèse. Nous verrons ce problème une autre fois.

 

-le L en initiale: Cette insertion d' un "L" au début d' un mot peut difficilement s' expliquer par le son d' expulsion d' air noté habituellement par un "h" donc ici qui serait transformé en "L". Je pense qu' il faut s' orienter vers le "L" comme trace d' un déterminant: "li "  , ancienne forme de "le".

Exemple:  L > Lartigau  =  (l)Articos  <  li Artigo = L' Artigo = le représentant de la lignée d' Artigo.

 

-le T en initiale

 

 

9- noms féminins et jeux de noms

L' observation du choix des noms par nos ancêtres, nous permet de constater deux faits récurrents:

1- Le choix du nom se faisait souvent en référence aux parents, comme d' ailleurs cela se faisait il y a quelques décennies chez nous. Le fils portait parfois un nom qui rappelait celui du père et je ne parle pas du gentilice. 

Cela est particulièrement vrai pour les femmes qui parfois ne possédait que la caractéristique d' être la fille de leur père, ou d' être les "reproductrices" de la lignée. 

2- Il apparaît évident que certain noms jouaient sur les différents sens utilisables. Par exemple, que les Bodiocasso soient "celui qui est vainqueur à cause de la matrice (le ventre)", nom qui proclame son attachement aux puissances chtoniennes, a probablement aussi était interprété par "celui qui gagne grâce à son (gros) ventre". L' humour était probablement présent dans la pensée de nos ancêtres, beaucoup d' exemples le laissent à penser.

 

 

10- noms actuels qui ne semblent pas avoir de correspondance(s) dans les noms antiques

Je rappelle que ce livre n' est qu' une petite partie d' un ouvrage beaucoup plus épais, qui regrouperait tous les noms connus aussi bien antiques que actuels. Pour des contingences matérielles, ce projet n' est pas d' actualité...

Néanmoins, il existe d' autres limites à mes recherches:

- je n' ai pas encore compris et mis en évidence certaines dérivations phonético-scripturales.

- certains noms antiques n' ont pas encore été relevés, ou ont été mal relevés, et encore plus couramment, n' ont pas encore été pris en compte, car le travail est presque gigantesque. En tous les cas, beaucoup trop vaste pour un seul homme. 

 

 

11- universalité de l' anthroponymie

Ce premier livre est destiné avant tout à vous faire vous poser les questions: 

- d' où provient ce qui paraît à tous la Vérité officielle, celle qui est dans les encyclopédies, les dictionnaires tout public, mais aussi les ouvrages universitaires ?

- qui décide  et quelles sont les qualités et les motivations réelles de ces "décideurs" ?

Si vous vous posez ces questions, c' est que déjà j' ai été utile, et qu' ensuite, vous  êtes devenus des historiens, car ce sont là les questions que devraient se poser tout historien. Etre historien est avant tout un état d' esprit, une démarche intellectuelle proche de celle d 'un enquêteur sur une scène de crime. Nous sommes bien loin de l' Histoire telle qu' elle est enseignée et montrée partout, y compris dans les plus hautes instances de la "Recherche".

Si les chercheurs étaient tous de bons historiens, ils se seraient servis de l' anthroponymie pour essayer d' appréhender différemment l' Histoire.

Par exemple, la persistance et l' universalité des noms de personne est évidente pour quiconque étudie les inscriptions anciennes sans oeillères.

Par exemple, l' anthroponyme actuel allemand dit "de la noblesse" von Plettenberg est à l' évidence l' adaptation médiévale tardive en Allemagne de " descendant de Belatumaros" , nom celte retrouvé par exemple à Neudörfl (Pannonia Superior).  Dans Plettenberg, l' élément final correspond avec évidence à l' élément germanique médiéval –bert (lat: -bertus). Lors de la transcription en Allemagne, comme ce qui s' est passé en France, la phonétique de  von *belaten-bert  a probablement été rapproché de quelque chose comme  "de la Montagne Platte" (von Plettenberg). Il faut savoir également que dans les anthroponymes celtes les finales en –u ont la même signification que les finales en –o / -on  , ce qui explique le passage de belatu en belaton. (Voir le lac Balaton, en Hongrie >> la philologie est décidément une gigantesque chaîne de mots !!!! ...mais quelle passionnante chaîne pour l' historien !).

Une autre correspondance qui nous emmène beaucoup plus loin est toujours ma correspondance fétiche, issue de Usizu, le Celtibère de Botorrita, qui partage le même nom que le Japonais Isuzu et que l' Arabe Aziz...Voir le Syrien  Azizos, inhumé à Trèves, au Vè s ap JC (recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, Première Belgique, I-10), etc...

Vous voyez que le cas gaulois / français est loin d' être un cas particulier.

 

 

12- ne jamais tomber dans le piège de l' évidence

Dans les paragraphes ci-dessus, j' ai, je pense, réussi à vous faire poser des questions sur, entre autres, les origines de nos noms qui semblaient pourtant devoir être à jamais enfouies sous des tonnes d' ignorance et de médiocrité.

Vous êtes donc, par conséquent, peut-être prêts à entendre  l' impossible: la remise en question d' évidences qui semblent inattaquables.

Parce que tous les noms semblent obéir aux mêmes lois et semblent provenir du même corpus, je remettrai donc en cause, avec assurance, des noms de famille comme Zimmermann, et bien d' autres. 

Pour l' exemple, que j' ai choisi, il suffit de savoir que le suffixe –mann dans les anthroponymes germaniques signifie "descendant de" et que Sumaro est un anthroponyme celto-germanique assez courant; pour reconstituer un gentilice *Sumar-mann qui ressemblait tant à un Zimmermann, un charpentier, que l' on fit se confondre ces deux noms !

De manière générale, je remettrai en question tous les noms qui concernent la profession ou le lieu d' habitation de la personne. Durant mes recherches, je n' ai jamais trouvé de nom qui utilisât ce genre de caractéristiques. Je pense de même pour les caractéristiques physiques, mais peut-être moins catégoriquement.

Ma conclusion est que le corpus des noms antiques, et par conséquent notre héritage, comporte principalement des noms de guerriers qui mettent en valeur la manière de se battre et des qualités physiques ou intellectuelles.

Encore une fois, les noms celtibères de Botorrita représentent, à mon avis, le meilleur exemple d' un corpus de noms celtiques.

Voir une première analyse que j' en ai faite sur Academia.edu; en attendant un livre consacré au sujet.

 

13- pour ceux qui ne connaissent pas la phonétique supposée des anciennes langues

Petit échantillon des possibles prononciations:

D' une manière générale, les voyelles longues devaient souvent être prononcées "wa" "wi" "wu".

Les voyelles brèves ont une tendance très nette à l' amuïssement, à part celles des syllabes accentuées.

A = comme actuel. A noter que le "a" court de l' eurosanskrit n' est pas audible, sauf pour les syllabes accentuées et les "a" longs (â).

B = prononciation à l' espagnol, soit: comme un "u", un "v", presqu' un "m".

C = le "c" que l' on voit dans les inscriptions antiques semble avoir eu des valeurs comprises entre le "s" et le "tch" en passant par le "k" et le "sh".  C' est une "lettre à problèmes".

D = comme un "d" OU comme un "dh " (avec une forte expiration). Souvent interchangeable avec un "t".

E = "é". Son existence est probablement due à son utilisation pour symboliser deux "ii" OU le phonème "ai". En fin de mot, il est typique du datif et de l' impératif.

F = lettre tardive qui représente souvent un ensemble de labiales, soit souvent  en initial: apw- /  abw- /  avw- / epw- / ebw- / evw-

G = souvent interchangeable avec le "C" guttural ("k"). Dans certains cas, a pu être prononcé "dj" OU "dg".

H = expiration sourde

I = comme de nos jours, peut-être parfois déviant vers "ai". Il y a souvent une équivalence entre  "i" OU "ii" et "l"  OU "ll".

L = comme de nos jours mais plus guttural, se rapprochant du "r"

M = un peu à la manière du "f" représente un "ensemble d' expirations", probablement "hb" OU "bh".

N = présentait probablement une voyelle courte "a" en début; soit  "ann" 

O = l' origine du "o" est la diphtongue au, soit un son voisin de "aw"

P = comme de nos jours, mais probablement plus explosive "pah"

R =  probablement deux sortes de "r": un "r" qui roule proche du "l"  et un "r" guttural se rapprochant de "rh".

S = comme de nos jours, peut-être dans certaines régions prononcé "sj".

T = souvent interchangeable avec un "d", parfois tendant au "th" anglais ou à un "ts".

U = comme de nos jours, mais parfois proche de "wi".

V = c'est le "u" entre deux voyelles, ou en début de mot

X = la prononciation de cette lettre a sans doute varié. On s' aperçoit de son équivalence fréquente avec deux "cc". Il s' agit donc probablement d' un "ks" OU d' un "ksh".

Z = "dz" OU "tz"

 

 

14- remarque générale sur les noms de dieux, le vocabulaire religieux et les noms de personnes

Une des difficultés majeures de cette recherche est l' extrême complexité et les interconnections entre ces trois domaines. Partant du principe que:

1- 90% des noms de personne celtiques primitifs sont des noms de guerriers, qui sont autant de versions du thème: celui qui tue de telle manière, etc....

2- la religion antique et par conséquent les inscriptions, et leur vocabulaire, ainsi que les noms de dieux  sont centrés sur la mort.

Beaucoup de dieux sont "celui qui tue, celui qui envoie sous terre" comme beaucoup de noms de guerriers.

 

 

15- les inscriptions sur poteries

Jusqu' à présent, considérées comme des marques de fabriques.

Pourtant, il semble bien que la majeure partie de ces marques soient en réalité des inscriptions funéraires, sous deux formes:

1- nom du défunt + F =  restes de X ; avec F = faex. Il y a de multiples variantes indiquant le corps, l' enveloppe, etc... (probablement plus de quarante recensées)

2-  nom du dieu à qui sont adressés, soit les restes du défunt , soit l' offrande contenue dans le pot.

Par exemple: O  + nom de dieu =  Offerumentum  + nom du dieu

 

abréviations sur poteries (d' après OSWALD)

- F = FECIT = il a fait

- MAmanu = par la main

- MSF manu sua fecit = il a fait de sa main (?)

- OF = officina

 

Une importante fabrication à usage funéraire événementiel a été mise en évidence dans l' étude du mobilier funéraire gallo-romain. Il paraît tout à fait probable, que les potiers proposaient un "catalogue" très riche aux familles des défunts.

 

16- la grammaire latine ne suffit pas à comprendre les inscriptions antiques

Une des raisons pour lesquelles ces inscriptions sont restées si longtemps incompréhensibles est la difficulté quasi insurmontable pour les universitaires et les chercheurs d' imaginer l' utilisation d' une autre grammaire que la grammaire latine. Cette autre grammaire que je qualifie de celtique antique, trouve son origine dans le sanskrit et surtout le sanskrit archaïque. 

Son étude ne fait que commencer.

Je ne peux présenter pour l' instant que quelques règles confirmées par les inscriptions:

Il existait plusieurs sortes de "génitifs" (ou ablatifs parfois) que l' on retrouve d' ailleurs aussi bien en latin qu' en sanskrit:

1- celui très voisin de celui du sanskrit classique: skr: masculin/neutre > -asya  AC

2- un suffixe qui signifie "produit par" = qui vient de. En général, comme en latin, il est exprimé par le suffixe –ianus.

3- insertion d' un "i" avant la finale –us >> -ius. Cette usage existe en sanskrit et en latin.

4-  -nus  <  -na = qui est né de

 

 

17- les langues celtiques sont encore largement incompréhensibles

 

 

18- un vocabulaire commun à plusieurs domaines qui complique la tâche des traducteurs

Difficultés dues à l' utilisation d' un même vocabulaire (les mêmes racines) pour exprimer les noms de personnes, les noms et épithètes de dieux, ainsi que les mots de la sphère religieuse signifiant mort, cadavre etc...

La grande majorité des noms d' homme celtes possède une signification "celui qui tue, qui blesse, etc..." De même, les puissances chtoniennes possèdent des noms qui signifient à peu près la même chose.

Si on ajoute le fait que les épitaphes portent très souvent la mention "corps de untel", c 'est-à-dire,  dans l' esprit des peuples convertis au védisme, "enveloppe qui contient le germe d' une vie future"; on se trouve d' un méli-mélo presque inextricable de termes qui se ressemblent.

 

 

19- les noms aristocratiques médiévaux et modernes

 

Aux trois sphères lexicales précédentes, il faudra ajouter une quatrième sphère, lorsqu' on étudie l' évolution des noms de personnes à partir du Moyen Age: la sphère toponymique.

En effet, dans les sociétés médiévales, et plus encore celles de la période moderne, le nom aristocratique est lié à un fief, un territoire; qui est soit un patrimoine familial , soit un avantage accordé par le suzerain, en récompense.

De nos jours, l' opinion établi est que le nom aristocratique signifie " seigneur de tel lieu".

 

La réalité, observée dans son évolution  diachronique, est tout autre. La confusion provient du croisement entre les noms de personnes et les noms de lieux, qui utilisent les mêmes racines.

J' ai pointé précédemment l' utilisation dans les noms de personnes celtiques du vocabulaire lié à la mort qui est un grand repos, une descente dans le sein de la terre, un enfermement, etc...; or beaucoup de noms de lieux comportent les mêmes racines que les noms de personnes:

racines toponymiques:

1- la mort < nécropoles  >> ces noms font écho aux NP "tueur, qui envoie en bas , etc...."

2- noms et épithètes de dieux  <  les lieux de culte  >> j' ai déjà souligné la parenté entre nom de dieu et nom de personne.

3- vocabulaire de la mort: enveloppe, corps, repos, demeure, etc... >> beaucoup de noms de lieux sont des "enceintes, des sièges, des demeures, etc..."

 

L' étude des noms aristocratiques montre qu' au départ, ce sont des noms de lignée. C'est-à-dire des gentilices sous la forme "(descendant) de untel". Ensuite, que les hommes de ces époques si attachés aux mots et aux symboles qu' ils véhiculent, aient fait correspondre les noms des lignées avec ceux de certains fiefs et territoires, cela n' a vraiment rien  d' inhabituel pour qui a étudié les anciennes mentalités. Les exemples sont innombrables.

Qu' un suzerain, souhaitant récompenser un de ses hommes, lui ait attribué un fief rappelant son gentilice, va de pair avec l' esprit des siècles passés si attachés aux liens et aux symboles, souvent considérés d' ailleurs comme d' origines divines.

 

 

20- l' apparent abandon de l' utilisation des gentilices, au Moyen Age

En effet, depuis l' Antiquité, les sociétés européennes ont évolué progressivement vers une césure sociale destinée à renforcer le pouvoir de classes privilégiées: la différentiation entre noble et non-nobles. Il semble que, dans la deuxième moitié du Moyen Age, l' aristocratie ait voulu réserver à son seul usage l' appartenance des individus à une lignée dans l' expression des noms de personnes. A cette époque, les noms se divisent en deux groupes: les noms indiquant "X (descendant ) de untel  et X le untel. En réalité, l' étude des documents montre qu' il s' agit en réalité de la même intention pour les deux modes d' appellation:  exprimer le nom de la lignée, qui est à l' origine un acte religieux.  Ce que l' on a pris pour des surnoms était en réalité une manière détournée pour le peuple de continuer à utiliser ses anciens noms de lignées.

 

 

21-  détermination de la composition du nom de famille

Il est important d' essayer de discerner les deux grands modes de constitution des noms de famille:

1- les noms "calqués" sur d' anciens noms de personne transformés en nom de famille. Dans ce cas , il  y a peu de différence entre le NP  et le nom de famille. Exemples: Michel est à la fois un nom de personne et un nom de famille. Daans l' Antiquité, Allius est le gentilice de Allus.

 

2- les noms de famille, constitués avec un suffixe particulier qui signifie "descendant de". Exemples:    

Axonius = descendant de Axus

 

Cette détermination n' est pas toujours aisée, étant donné que certains suffixes de gentilices ont servi aussi dans la composition de noms de personnes originaux. Quelques repères permettent de trouver des indices:

-l' observation des inscriptions antiques: ce nom sert-il de nom de personne ou de noms de gentilice ? (pas toujours aisés à discerner !)

- Ce nom s' est-il conservé dans les différentes cultures, en tant que prénom ? (> consultation des ouvrages spécialisées sur les prénoms)

 

 

22- distinction entre noms de personne et noms de famille (patronyme, gentilice)

La définition d' un nom de personne est un nom attribué à une personne précise, sans nécessairement de considérations familiales (bien que  l' observation montre que souvent les noms de personne, masculins ou féminins, sont choisis d' après un corpus de nom habituels dans la famille, si ce n' est parfois même le nom du père donné au fils.

Un nom de personne est clairement un prénom. Il peut être complété par un surnom, mais plutôt rarement.

 

Un nom de famille est le nom de la lignée. La notion de lignée est fondamentale dans la conception religieuse de la vie et de la mort depuis la préhistoire jusqu' à la disparition progressive de certaines conceptions de la religion d' origine védique. Cette disparition progressive, je la date de la fin du Moyen Age et je m' en expliquerai dans un autre ouvrage.

 

On peut observer que l' usage d' indiquer le nom de personne et le nom de sa lignée ne s' est jamais perdu depuis des millénaires jusqu' à nos jours.

 

 

23- les cas d' utilisation de lettres dites "celtiques"  tel que  "đ " et d' autres, j' ai utilisé le système de notation gallois actuel ainsi que la phonétique qui y est associée. Dans tous les cas, où la notation ou la phonétique peuvent prêter à confusion , c' est à la langue galloise que je fais référence, car pour moi, elle représente le meilleur exemple de survivance des anciennes langues européennes. Etant entendu que je ne connais pas les autres langues: les langues scandinaves et russes semblent contenir également beaucoup de traces anciennes.

 

 

 

Conclusion

 

Ne vous méprenez pas, la portée de cet ouvrage est importante, et ne concerne pas seulement les individus à la recherche du passé de leur nom.

On peut le considérer comme une des pierres de taille centrale de la reconstruction de l' Histoire qui débuta chez les historiens dans les années 1930, avec entre autres Marc BLOCH. Ce courant  de pensée chez les historiens chercha  à reconsidérer l' Histoire non par ce qui change tout le temps: les événements, mais au contraire par  ce qui était immuable, et qui en fin de compte changea très peu en deux mille ans: la manière de vivre et de travailler du peuple. Cet  angle de vue change totalement les reconstitutions historiques.

Il est dommage que ce courant ne fut pas assez puissant pour remettre en cause plus largement nos reconstitutions historiques (et linguistiques !) qui datent du XIXè s, et qui sont empoisonnées d' idées préconçues et fausses.

 

Ainsi, j' ai une pensée particulièrement émue, en tant qu' historien, pour  les agriculteurs dont  la famille vit depuis deux mille ans pour certains, sur le même lopin de terre, et qui portent probablement le même nom que leur ancêtre d' il y a plus de deux mille ans. Y a-t-il image plus symbolique de l' Histoire immobile ?

 

 

J' ai souhaité restreindre le nombre de noms de famille actuels afin de limiter la taille de mon livre. Les raisons en sont principalement que je ne suis pas libre de faire ce que je souhaiterais. En clair, je ne peux pas me permettre de passer plusieurs années à réaliser une encyclopédie des noms; car je ne suis pas un chercheur salarié. Je ne suis pas payé pour chercher. Et d' autre part, mes projets d' éditions bénéficient d' un budget serré, et un "gros livre " était une entreprise plus risquée qu' un "petit livre".

Je comprends que ceux qui ne trouvent pas leur nom dans mon répertoire soient déçus.

Pour toute récrimination, je les invite à contacter le ministère de la culture, car c' est lui qui décide à quels chercheurs et à quels thèmes doivent aller les subsides de la République...certains devront rendre des comptes...

 

Néanmoins, je leur propose de m' envoyer leur requête, afin de réaliser un second volume à ce répertoire. Il existe aussi la possibilité de proposer un  service payant  (10 à 50 euros)  sur internet pour ceux qui souhaiteraient obtenir la somme de mes connaissances concernant un nom (comparaison avec les anciens noms et les noms étrangers ainsi que leurs significations). Dites-moi ce que vous en pensez, car je ne pourrai proposer ce service que si plus d' une centaine de personnes sont intéressés.

 

Ce livre est à la pointe de la recherche et révolutionne une grande partie de l' onomastique. Il est évident que d' autres découvertes et d' autres réflexions s' ajouteront à celles consignées ici. C'est le propre de la recherche: être toujours en mouvement.

 

Philippe POTEL-BELNER

à Saint-Pair-sur-Mer, janvier 2014